Le virtuel au service du chauffage à distance Entre-deux-Lacs

Avant de construire, la simulation numérique permet de créer virtuellement un réseau afin de comparer des options et anticiper son fonctionnement. Simon Rime, ingénieur chef de projets chez Groupe E, explique comment cette approche a guidé les choix pour le chauffage à distance (CAD) de la région de l’Entre‑deux‑Lacs.

Portrait de Simon Rime

Simon Rime, Ingénieur chef de projets 

Le CAD Entre-deux-Lacs valorise une ressource locale pour les communes de Cornaux, Cressier et Laténa : la chaleur résiduelle (de la chaleur perdue par un procédé industriel que l’on récupère au lieu de la rejeter) de la raffinerie VARO. Cette chaleur est ensuite acheminée, via des conduites souterraines contenant de l’eau, vers des quartiers d’habitation, des commerces et des sites d’activité. Une partie du réseau est déjà en service (Cornaux et Cressier), l’autre se déploie (Laténa). Simon Rime accompagne ces étapes, de l’étude à l’exploitation, en apportant son expertise des simulations numériques appliquées aux réseaux CAD.

Un réseau complexe

Du fait de sa configuration, le CAD Entre‑deux‑Lacs est exigeant : il faut transporter la chaleur émanant d’un point unique (la raffinerie VARO) sur de longues distances en franchissant des zones avec un fort dénivelé. Il fallait assurer une pression suffisante pour alimenter les secteurs en hauteur, sans dépasser les limites de pression admissibles des conduites, vannes et sous‑stations situées ailleurs sur le réseau. Autrement dit, maintenir des standards de sécurité et de coût, sans recourir à des composants surdimensionnés.

La simulation numérique a servi à comparer des variantes, estimer leurs impacts et à prendre la meilleure décision. Ces simulations s’appuient sur des données réelles du terrain — géographie du tracé, emplacement des bâtiments raccordés (actuels et futurs) — et sur des séries météorologiques locales (températures extérieures), afin de tester des scénarios représentatifs sur l’année. L’équipe a testé plusieurs diamètres pour la conduite principale : DN300, DN350, DN400 (DN = diamètre nominal, exprimé en millimètres). « Les résultats montrent que l’énergie de pompage baisse fortement quand le diamètre augmente (d’environ 760 MWh/an en DN300 à 390 MWh/an en DN400), mais que le coût d’installation grimpe en parallèle. En croisant investissement et exploitation, le DN300 s’est avéré le meilleur compromis global pour ce projet », explique Simon. 

Autre point clé : la station de surpression. Son rôle est d’augmenter la pression dans la conduite pour compenser les pertes liées à la distance et au dénivelé, afin que l’eau chaude atteigne correctement les secteurs situés en hauteur. La simulation a permis de déterminer son emplacement et la configuration des pompes qu’elle abrite (sur la conduite aller, sur la conduite retour ou sur les deux), de manière à assurer une circulation fiable sans dépasser les limites admissibles des équipements et sans surconsommation électrique, y compris lors des pics de demande (par exemple les matinées d’hiver ou en période de grand froid).

Les résultats de simulation ont ainsi servi à étayer l’analyse technico‑économique à long terme (quarante ans) : arbitrer entre CAPEX et OPEX, phaser les investissements et planifier des équipements évolutifs (par exemple des pompes optimisées pour les dix à quinze premières années, puis une mise à niveau planifiée pour accompagner la croissance du réseau).

Des choix éclairés
Au‑delà des chiffres, la simulation facilite le dialogue entre décideurs : cartographies, scénarios comparés, impacts lisibles. Pour un maître d’ouvrage public, une gérance, un promoteur, une industrie ou une PME, cela se traduit par des décisions plus sereines : elle enlève des doutes et accélère les bons choix, au service d’un chauffage à distance fiable, efficient et prêt pour la suite.